02.01.2010

Sujet d'invention en Français.

 En attendant que je trouve une manière plaisante de tourner ma suite de PB&R (II), voici un texte tout droit sorti (de mon imagination, certes) d'un sujet d'invention de Français. Celui-ci nous a été posé en début d'année. Voici le résultat après quelques petites corrections (bien sûr!). Mais quelques précisions s'imposent: en résumé, nous devions écrire un incipit qui s'inspirait de la fin de la nouvelle du Horla (de Maupassant). J'ai peut-être un peu dépassé le stade de l'incipit, mais bon. J'ai d'ailleurs un peu "arrangé" et développé ce texte. Donc la fin n'est pas la même que celle de mon sujet d'invention (elle est aussi accessoirement plus longue). En tout cas, il est bien plus facile de recopier sans se poser de question ce que l'on a déjà fait ultérieurement, je l'avoue. Autant commencer tout de suite sans plus de blabla.

 P-S: Pour ceux qui n'ont pas lu Le Horla de Maupassant, je crois que ce sera une lecture utile pour mieux comprendre ce qui va suivre.

                                                                                                                                                                                                                                                                      

 C'était un matin de septembre. Le 10, peut-être... A moins que ce ne fut le 11? Mais pour notre protagoniste, la date importait peu. Tout ce qui comptait, c'était ce qu'il voyait à l'instant; ce qu'il ressentait face à ce spectacle désolant. Cette impression d'oppressement et comme si la mort rôdait alentour. Cette impression que Georges avait d'être perdu dans une sorte d'ailleurs innomable. Et ce froid - mon Dieu ce froid! Ce froid insidieux qui pénétrait jusqu'à ses os et les tréfonds de son âme.

 On lui avait dit que l'endroit était beau autrefois: une demeure aux proportions immenses et écrasantes - l'une des frasques et grandeurs d'un temps à jamais révolu - maintenant héritage en ruines. Tout ce qui restait, c'était le parc. La propriété en elle-même ne consistait plus qu'en quelques restes calcinés, créant l'impression d'un vide. Ou d'une antre vers les enfers cachée sous les décombres, selon le point de vue. Le temps s'était comme arrêté: pas de chants d'oiseaux, ni aucun des bruits habituels en provenance de Rouen - ville pourtant toute proche. La Seine elle-même semblait figée comme dans un tableau.

 Il frissonna, tentant de chasser ces idées infernales de sa tête. Mais rien à faire: les ruines fantômatiques, tâches noires émergeant de la brume, ne disparaissaient pas à ses yeux.

 Son ami lui jeta un regard inquiet. Georges tenta de le rassurer par un faible sourire - qui ne sembla d'ailleurs pas le convaincre: 

- Si tu te sens mal, tu peux toujours rentrer, tu sais? finit-il par dire, brisant ainsi le lourd silence qui s'était installé.

- Non, vraiment ça ira... 

- C'est toi qui décides. Mais je refuse de te voir tourner de l'oeil si on tombe sur un reste de corps brûlé!

 Georges eut un infime haussement d'épaules pour lui faire comprendre qu'il n'en avait cure. Son ami secoua la tête en réponse. Ce n'était pas les cadavres qui le gênaient. Et pour cause! A chaque fois que Bernard avait - ne serait-ce qu'un début - de grand-titre, il filait ventre-à-terre vers les lieux du drame! Son patron le félicitait d'ailleurs de sa rare efficacité. Georges, lui, le remerciait de l'emmener dans ses périples aux quatre coins de la France - même si, en contre partie, il avait droit à son lot de morts.

 Non... Il y avait quelque chose de lourd dans l'atmosphère qui l'inquiétait. Il avait aussi la vague impression d'être suivi et cela le rendait nerveux. Loin de partager son trouble, Bernard rentrait la tête dans les épaules, mais seulement à cause de l'air glacé et de l'humidité qui refroidissaient considérablement son enthousiasme journalistique. Pour manifester sa mauvaise humeur, il maugréait sans discontinuer dans sa barbe récente des choses qui ressemblaient à: "Foutu brouillard!", "Fichu pays!", "... plus jamais revenir!"... C'était d'ailleurs les seuls sons que Georges percevait, outre les couinements de leurs chaussures dans l'herbe mouillée.

 Il releva la tête pour jeter un rapide coup d'oeil aux restes couverts de cendre de la demeure. Bizarrement, elle lui faisait penser à son propriétaire. Ils avaient pu le rencontrer le matin-même et l'avaient trouvé dans une sorte de délabrement mental assez surprenant. Il avait refusé de répondre à la moindre question et se souciait seulement de quelque chose comme un journal intime (à première vue) dans lequel il écrivait frénétiquement. Le seul moment où il avait daigné leur porter son entière attention avait été très étrange. Un des anciens domestiques rescapés avait fini par accepter (une fois convaincu par une somme d'argent assez conséquente) de les mener à l'ancienne demeure pour leur expliquer comment était celle-ci, préalablement à l'incendie. Son maître avait soudainement levé la tête, au moment où était conclu le marché, et déclaré de but-en-blanc, d'une voix rauque: 

- N'y allez pas! Je suis sûr qu'il est toujours en vie, tapi quelque part. S'il y est encore, l'un de vous connaître un enfer égal au mien. N'y allez surtout pas!

 Sa déclaration les avait surpris et tous lui avait jeté un regard incrédule. Il avait continué encore quelque temps à marmonner sa dernière phrase en boucle, l'air  hagard. Finalement, personne n'avait tenu compte de son intervention. Tous finirent par croire à une folie engendrée par ces événements bouleversants ou seulement qu'il était trop choqué pour être cohérent. Ce fait continuerait bien, en tout cas, à alimenter les ragots et rumeurs en tout genre. Un tel malheur - pour un homme qui auparavant nageait dans la richesse et le bien-être - faisait maintenant le plaisir des bons français lisant les nouvelles du matin. La sorte de démence de l'infortuné, ne pouvait qu'ajouter du piment. Le pire, c'était que ce propriétaire accablé était soupçonné d'avoir mis lui-même le feu à sa maison! On aurait retrouvé des traces d'huile dans une pièce entière, propres à déclencher un incendie de belle ampleur. Le suspect ne s'était pour le moment défendu contre aucune accusation. On n'en pouvait d'ailleurs rien tirer à part quelques phrases inintelligibles.

 Georges décida résolument de ne plus penser à tout cela. Ils arrivaient près des décombres lorsqu'il lui sembla entrapercevoir un mouvement. Il focalisa immédiatement toute son attention sur la pierre qui avait bougé. Oh, c'était infime, mais il était sûr de lui. De nouveau, il vit. Cette fois-ci, quelques gravillons dégringolèrent doucement. Il crut que son coeur venait de rater un battement. Il osait à peine remuer.

- Mon Dieu! Bernard! Tu as vu ce que j'ai vu?

- Hein?! grogna la personne concernée.

- Regarde! Mais regarde, enfin! Bon sang!

 Mais il ne se produisit rien. Tout était absolument immobile. Georges avait tout ses sens aux aguets. Après quelques minutes d'un silence pesant, il se prit à douter de ce qu'il avait entrevu - à moins que ce ne soit "cru" entrevoir! Bernard le regarda en biais, l'air soupçonneux.

- Je crois que ces événements t'affectent plus que je n'aurais pensé. Depuis tout-à-l'heure, tu semblais nerveux, mais là... Tu deviens complétement maboul. Tout ce que je vois c'est des tas de pierres: rien qui porte à paniquer comme tu le fais.

 Il lui lança un regard lourd de doutes et Georges préféra s'abstenir de tout commentaire: son ami n'avait pas encore "digéré" que leur pseudo-guide les abandonne en tremblant devant la grille. Ils avaient seulement eu droit à un croquis aux traits grossiers, et fait de manière hâtive, pour seules indications.

 En soufflant et maugréant de dépit, son ami se planta d'un air de défi devant la maison et commença son long travail. Georges ne tenait pas à rester en sa compagnie alors qu'il se montrait aussi sympathique et éloquent qu'un ours. Il préféra aller contempler l'ombre de ce qu'avait été le parc. Il tâcha ainsi de s'éloigner quelque peu de la maison, sous prétexte d'aller observer un rosier encore intacte. En vérité, il voulait juste atténuer le sentiment de malaise que lui procuraient ces ruines.

 Au bout d'une heure de labeur, son devoir fait et un début d'article prometteur en poche, Bernard décida de revenir sans s'attarder davantage (contrairement à son habitude). Soulagé, Georges ne tarda pas à le suivre sans protester.

 Lorsqu'ils arrivèrent enfin à leur hôtel, il était tout juste 17 heures. Georges regarda distraitement la pendule et soupira en voyant qu'il devrait encore attendre une bonne heure avant de quitter la région. Le fiacre qui devait les ramener aurait peut-être même du retard à cause de l'orage qui semblait couver au dehors. Pour l'instant, seule la pluie se déchaînait sur Rouen, martelant la vitre sans discontinuer. Bernard n'avait pas l'air à son aise. Il se sentait fiévreux et légèrement nauséeux.

 Soudain, ils entendirent toquer à la porte. Ce bruit anodin les fit pourtant sursauter l'un comme l'autre. Masquant son trouble et l'air passablement fatigué, son ami se leva néanmoins pour aller ouvrir. Au bout de cinq minutes, il finit par revenir, la figure blême.

- Qui était-ce? A quel propos?

- Rien. Ce n'était rien. Juste un gosse auquel on avait dit de m'annoncer que je ne pourrai plus rien tirer du propriétaire: l'imbécile s'est suicidé.

- Quoi? Tu veux rire?

- Non...

 Il avait l'air aussi lugubre qu'un vieux manoir et sa voix venait d'outretombe. Un silence lourd s'installa.

- Peut-être qu'il avait raison...

- Pardon?

- Peut-être qu'il y avait vraiment quelque chose de "tapi" dans les décombres de cette maison.

- Arrête de dire des bêtises. Il est devenu fou à cause du choc et il délirait un peu, voilà tout. Ce doit être la fièvre qui te fait dire ça, l'apostropha Georges.

 Ses frayeurs avaient pratiquement disparues une fois qu'il y avait mieux réfélchi durant le trajet du retour. Il n'aspirait maintenant qu'à oublier ce passage effrayant, quitte à se convaincre d'avoir mal vu. Sans doute l'air de mort qui régnait avait influencé son imagination trop vagabonde, lui inventant des chimères à partir de rien. Georges jeta un regard en coin à son compagnon. Celui-ci ne répondit rien à sa remarque et hocha simplement la tête, l'air pensif et ailleurs. Il n'était pourtant pas impressionable de nature (c'était même plutôt le contraire, et il était le premier à critiquer la crédulité de certains face à quelques phénomènes un tant soit peu étranges). C'était à n'y rien comprendre! De nouveau, Bernard brisa le silence qui s'était installé:

- Le gamin m'a aussi passé le journal de cet homme. Il paraît que celui-ci a demandé à ce que l'on me le remette personnellement... avant de sauter par la fenêtre. Je vais le lire, pour voir si je trouve quelque chose de suffisamment intéressant qui pourrait étayer mon article.

- Au moins, ça t'occupera pendant le trajet..., répondit Georges d'un ton monocorde.

 Quelques jours plus tard, il entendait sa sonnette qu'on tirait furieusement. Son valet courut ouvrir la porte et revint tout aussi vite dans le salon.

- M. Bernard L***** demande à vous voir, Monsieur.

- Qu'est-ce que tu racontes? Bernard me prévient toujours avant de venir ici. Si je ne te connaissais pas depuis si longtemps, je croirais à une farce de ta part Paul, jugea Georges en fronçant les sourcils.

- C'est pourtant vrai, Monsieur. Il dit que c'est très important, intervint Paul manifestement désireux que son maître le croît.

- ... Très bien. Fais le entrer.

 Son valet sortit l'air soulagé et ramena promptement Bernard avec lui. Celui-ci ne semblait pas au mieux de sa forme et aussi très agité. Il portait des vêtements salis et froissés; sa barbe était hirsute et il ne semblait pas avoir mangé depuis quelques temps.  Il jetait de nombreux coups d'oeil alentour comme s'il redoutait quelque chose.

- Il fallait absolument que je te parle.

- Moi aussi je suis très heureux de te revoir mon bon ami, fit remarquer Georges en essayant de marquer sa réprobation. Tu peux sortir Paul. Je te rappellerai peut-être pour nous amener un en-cas.

- Bien, Monsieur.

 Le domestique s'inclina et sortit aussitôt. Georges indiqua du regard un fauteuil à son camarade dans lequel celui-ci se laissa tomber. Il tordait son chapeau entre ses mains sans avoir l'air de s'en rendre compte. 

- Alors? Que me vaut l'honneur de ta visite? interrogea Georges en prenant l'air amusé.

- Je suis désolé de ne pas t'avoir prévenu. Je n'ai pas non plus beaucoup de temps devant moi. Je suis sûr qu'il va bientôt me retrouver et me reprendre.

- Mais, enfin... De quoi parles-tu? le coupa son ami quelque peu agaçé à présent.

 Bernard farfouilla dans sa veste et en sortit le journal que lui avait remis l'enfant il y avait quelques jours de cela. Il le tendit aussitôt à Georges qui semblait maintenant passablement surpris et resta interdit quelque secondes avant de s'en saisir. 

- Commence à le lire dès que possible.

 Sur ce, il se leva et commença à faire les cents pas.

- Et est-ce que tu pourrais m'indiquer pourquoi, par hasard? questionna Georges.

 Le journaliste se retourna et prit son air des mauvais jours, celui qu'il prenait à chaque fois qu'il cherchait ses mots pour bien faire comprendre son point de vue à n'importe quel imbécile.

- Parce que tu comprendras quel sort attends l'humanité; parce que comme ça tu pourras peut-être m'aider à me débarrasser de ce "Horla" qui me possède maintenant. A mon avis, le propriétaire n'a pas tout essayé. Je refuse d'avoir à me suicider pour lui échapper! déclara-t-il au bout d'un temps.

- Mais qui te parle de suicide? Tu perds la tête, mon vieux!

- J'aimerais mieux que ce soit ça... soupira l'autre. 

FIN 

29.12.2009

Clin d'oeil.

 Bien... Je n'ai pas l'intention de laisser ce blog tomber en décrépitude donc j'écris un petit quelque chose, tout de même. Après un peu plus d'un an, il serait effectivement temps que j'y songe (!). Peut-être un léger manque de maturité a-t-il un rôle à jouer, qui sait, dans ce manque de volonté de ma part?   Je ne m'apesantirai pas plus là-dessus néanmoins.

 On me réclame (et cela me fait plaisir, avouons-le) une suite à Perfection, beauté et réalité. Je suis heureuse que la première partie vous ai plu. Non, ce ne sera pas pour tout de suite mais je commence à m'y atteler sérieusement. J'essaierai d'y consacrer ma fin des vacances de Noël, une fois mes obligations principales remplies. Vous me direz: "Tout le monde en a, et ça n'en empêche pas certains de continuer à publier des notes de temps à autres et de faire montre de leur présence". Je fais donc de plates excuses durant ce passage en coup de vent, en demandant le pardon de ceux qui me lisent.

 Mais voici de quoi vous faire patienter un peu, ce me semble: http://flip-book.pely.net/  J'espère que cela vous amusera quelque peu en attendant que je reparaisse. J'ajoute encore une ou deux choses vis-à-vis de ce lien: un grand merci à un certain photographe-informaticien d'une grande gentillesse et à ma mère pour son bel enthousiasme et ses idées. Aux deux le mérite d'un esprit des plus affûté !

 Je continue sur ma lancée pour rajouter encore ceci (et non, ce site n'est pas labyrinthique pour ceux qui ne connaissent pas encore. Chapeau bas à ce cher photographe mordu de n&b. PoCo [le photographe en question comprendra ce que je veux dire] de cela? Vous verrez bien.)  et cela,  ainsi que ce petit quelque chose  et cet autre.

 Je songe à changer la mise en page du site car je trouve la colonne de texte trop étroite à mon goût. J'espère que ce léger problème se retrouvera réglé en quelques clics...

 En attendant, je vais retourner à un "potassage" efficace (ce qui ne vaut pas dire "intensif"!) des matières à réviser pour ce lundi venant. Quoique... La lecture se révèle plus tentante!

 Voilà, ce sera tout. En attendant, je vous souhaite à tous un bon nouvel an!!* 

30.11.2009

Coup de vent.

 Une nouvelle note en préparation après cette longue absence. Juste un peu de patience et de temps suffiront à la faire apparaître. Donc à bientôt!!*